mort de Platonov
TRILETZKI. Que vaut la vie? Rien évidemment ! Adieu Michka! Et ce misérable rien, tu l'as perdu!...Qu'avez-vous à ouvrir de grands yeux étonnés? Eh bien quoi? Il s'est tué lui-même ! La compagnie est dissoute. (Il pleure.) Ah mon ami, avec qui vais-je boire pour le salut de ton âme? Bandes d'imbéciles, vous n'avez pas su le préserver ! (Se lève.) Père, va donc dire à Sacha qu'elle peut mourir maintenant ! (S'approche en chancelant de Voïnitzev.) Et toi, à quoi penses-tu? (Le prend dans ses bras et sanglote.) Il est mort notre pauvre Platonovka ! ...
Rien de tout cela n'a été dit dans le Platonov mis en scène par Benjamin Porée aux ateliers Berthier-Odéon, rien de la complexité, de l'âme malade au-delà d'elle même, de la tendresse, de la tristesse, de la lucidité de son propre malheur, si propre à Anton Tchekhov, scène finale escamotée... à peine pardonnable... on dira travail de jeunesse à mûrir, à épaissir.
Platonov, le fléau de l'absence des pères, Anton Theckhov, texte français de Rezvani Actes Sud Babel 2003
